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Association pour la prévention des phénomènes de harcèlement entre élèves

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Entretien avec Marie-Claude Dewulf

pédopsychiatre

 

 

Quelles conséquences vous pu constater chez les élèves victimes de harcèlement scolaire ?

Les symptômes par lesquels un enfant harcelé exprime sa souffrance peuvent être de plusieurs types : ce peut être d’abord une phobie scolaire. Ce sont des enfants ou des adolescents qui, du jour au lendemain ne peuvent plus aller à l'école. Je dis bien : ne peuvent plus. Quand un enfant fait une phobie scolaire, l’entourage a souvent l'impression qu'il ne veut pas aller à l'école. Mais ce n'est pas qu'il ne veut pas, c'est qu'il ne peut pas. Quand je vois ces enfants la veille, ils me disent : demain c’est bon, je vais aller à l'école, j'ai envie d'y retourner; car ce sont en général des enfants qui aiment apprendre. Le lendemain ils seront allés jusqu'au seuil de l'école mais ils n'auront pas pu franchir le pas. Et c'est tout de même un peu logique de refuser d'aller sur un lieu où c'est l'enfer.

Ce peut être aussi une dépression. Le premier symptôme de la dépression de l'enfant ou de l’adolescent, c'est la chute des résultats, des troubles des apprentissages et un désintérêt pour l'école. Avec en plus tout le cortège de symptômes qui accompagnent une dépression : des troubles du sommeil une agressivité en direction de l'entourage ou encore en sa propre direction. La dépression est une maladie avec un risque mortel, celui du suicide.

Et à plus long terme ? 

Le harcèlement scolaire est quelque chose qui est encore extrêmement méconnu. Et on ne possède pas encore de travaux concernant ses conséquences à long terme. Mais j'ai l'impression, à travers ce que j’ai pu observer chez les patients que je rencontre, qu’il y a un certain nombre de symptômes qui peuvent être mis en relation avec un passé de harcèlement scolaire. Comme par exemple, les troubles obsessionnels compulsifs, les TOC. Ce sont des choses qui empoisonnent profondément la vie : vérifier dix fois le contenu de son sac à main avant de sortir, revenir trois fois chez soi pour voir si on a bien fermé la porte à clef, ranger sa chambre d'une certaine façon sinon on ne peut pas se coucher. Tout cela fait de façon rituelle, cela prend un temps fou et c’est très handicapant. Ce sont des moyens de lutte contre l'angoisse. J'ai en tête trois situations précises de patients, des jeunes adultes qui sont venus me consulter parce qu'ils avaient des TOC, et en les interrogeant je me suis rendue compte qu'ils avaient été tous les trois gravement victimes de harcèlement scolaire. On peut aussi mettre en relation le harcèlement scolaire avec ce qu'on appelle la phobie sociale. J'ai eu le cas d'une patiente qui ne pouvait pas, une fois adulte, sortir dans la ville où elle avait été scolarisée. Elle ne sort pas dans cette ville parce qu'elle a peur de tomber sur ses anciens harceleurs.

Comment peut-on décrire la personnalité de l'élève harceleur ?

Quel que soit l'âge du harceleur, les façons de faire sont toujours les mêmes parce qu'elles découlent de la structure de la personnalité. En fonction de l'âge ce sont seulement les modalités d'expressions qui peuvent varier. Le harceleur est quelqu'un qui n'a pas de sens moral. Il ne sait pas intuitivement séparer ce qui est bien de ce qui ne l'est pas. Pour le harceleur, l'autre n'existe pas. L'autre ne peut pas exister parce que cette existence le met en danger. Il n'arrive pas à rentrer en réelle communication avec l'autre. Et s'il rencontre un autre différend de lui, pour survivre il doit l'anéantir. Il se sent exister parce qu'il a réussi à réduire l'autre à néant. Je suis parce que tu n'es plus. C'est ou toi ou moi. Le harceleur est un colosse aux pieds d'argile,  au fond il n'est pas très assuré de lui.

Pourquoi la victime s’enferme-t-elle dans le silence ? 

Entre le harceleur et sa victime, on est dans une lutte de  narcissisme. L'intuition et l'intelligence du harceleur lui permettent d’atteindre la victime à son talon d'Achille. Parce qu'elle est atteinte profondément dans ce qu’elle est, la victime à de la peine à répondre. Quand vous êtes dans une situation où quelqu'un volontairement ou involontairement fait mouche, vous ne répondez pas et vous avez honte de n'avoir pas répondu. Moins la victime répond moins elle a confiance en elle et c'est comme cela qu'elle finit par entrer en dépression. Si une victime réagit en disant, je ne veux plus aller là où je souffre, on peut dire qu’elle a encore une réaction saine.

Selon vous, qu’est ce que doit faire l’école pour lutter contre le harcèlement ?

La première chose serait d'accepter que le harcèlement scolaire existe, et que un enfant qui se plaint n'est pas nécessairement quelqu'un qui n'est jamais content ou qui invente des histoires. Il faut pouvoir l’écouter et le reconnaître. À partir du moment où les adultes reconnaissent la souffrance de l'élève, ils peuvent trouver une solution. La réponse principale que l'école peut apporter, c’est d'imposer le respect de chacun. Elle doit sanctionner tous les manquements au respect. Face à quelqu’un qui ignore les repères moraux, il faut que la société soit là pour rappeler qu'il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Ce n'est pas très difficile.

Propos recueillis par Jean-Pierre BELLON et Bertrand GARDETTE