En seconde, il y avait un élève qui s'appelait
Christophe. Il prenait tout le temps des grandes tapes sur le dos, la
tête, et il ne disait rien. Les professeurs ne voyaient rien. Il se
trouve que sa mère était représentante des parents au conseil de classe,
moi, j'étais déléguée. Quand le cas de Christophe a été examiné au
conseil du second trimestre, j'ai eu l'impression que tout le monde
baissait la tête, faisait les autruches. Sa mère a dit qu'il ne voulait
plus venir en cours, qu'il se refermait sur lui même.
Moi, j'ai fini par prendre la parole et j'ai
dit qu'il y avait un élève, Cédric, qui tapait Christophe. J'ai dit
aussi qu'il y avait un groupe qui s'était formé autour de Cédric et
qu'ils en faisaient voir de toutes les couleurs à Christophe. Les
professeurs ne m'ont pas trop crue. Le prof de maths a dit: "Ca
m'étonnerait, Cédric n'est pas comme ça, c'est un bon élève". Sous
prétexte que Cédric était très bon en mathématiques et que moi j'étais
nulle, ce prof était convaincu que je disais des bêtises. Ça fait mal
à entendre. On voit des choses et on ne nous croit pas.
Cédric avait un double visage, devant certains
profs, ceux qui avaient de l'autorité, il était charmant, avec les
autres, c'était très différent. Ces élèves savent très bien à qui ils
ont affaire, avec les profs comme avec les élèves. Ils savent à qui ils
peuvent s'attaquer.
Le proviseur m'a convoquée à l'issue du
conseil de classe, il m'a écoutée, il m'a crue. Il a aussi convoqué
Cédric et il l'a sanctionné, une exclusion d'une journée, je crois. Je
pense que le proviseur a compris ce qui se passait, qu'il y avait dans
le conseil deux clans: d'un côté avec moi, la mère qui connaissait la
situation de son fils et qui était soulagée que je prenne la parole pour
dire ce qui se passait en classe et l'autre, les professeurs qui ne
voulaient pas trop y croire.
Mais il me semble que certains étaient tout de
même au courant. Certains professeurs n'avaient pas beaucoup d'autorité
et en cours c'était un peu le bazard. Là Cédric s'en donnait à coeur
joie, il tapait Christophe devant tout le monde. Le prof voyait très
bien ce qui se passait.
Après que l'élève a été sanctionné, ça a
continué, de façon moins voyante mais ça a continué tout au long de
l'année. Je pense même que Cédric a voulu se venger après son
exclusion. Il n'a pas su qui l'avait dénoncé. Moi, j'avais un peu peur,
j'ai demandé au proviseur qu'il ne mentionne pas mon nom. Cédric a dû
penser que c'était Christophe ou sa mère qui avaient été se plaindre.
Après la seconde, on s'est retrouvé tous dans
d'autres classes. Christophe a redoublé et Cédric est passé en première
S. Je crois qu'aujourd'hui Christophe va mieux, il semble plus ouvert,
enfin, je ne peux pas dire que c'est quelqu'un de très épanoui, mais il
semble aller mieux. Mais à l'époque où j'étais en classe avec lui, ce
devait être insupportable, passer toute une année à se ramasser des
insultes, à se faire moquer de lui et des fois à se faire taper.
|