Romain
est lycéen. Il raconte ses années de collège:
Au début, ça a commencé par des taquineries, des surnoms un peu
stupides, mais c'était pas très méchant. Mais le pire, c'était en
5ème, il y avait un noyau de 6 élèves qui s'en sont pris à moi. Tout
a commencé parce que j'avais soi-disant balancé des élèves de 3ème
qui avaient fumé dans le collège. Je les aurais dénoncé aux
surveillants. Avec les 3ème ça a été vite terminé parce qu'ils ont
rapidement compris que c'était pas moi, mais après c'est une rumeur
qui m'a suivi durant toute ma scolarité au collège du fait de ce
noyau de 6 élèves qui s'est progressivement agrandi. Ils disaient
que j'étais une balance. Insultes, menaces, je me suis fait
plusieurs fois frappé pendant les inter-cours ou entre midi et deux
Le groupe d'élèves était composé principalement de garçons, les
filles se tenaient un peu plus à l'écart Il y avait deux meneurs,
deux frères, des jumeaux, très sûrs d'eux, ils savaient que tout le
monde les suivait. Ils ont dû en embêter d'autres, on me l'a dit,
mais je n'en sais pas plus. Il y avait un groupe de six qui menaient
et les autres regardaient ou participaient des fois ils se sont
jamais rangés dans mon camp, soit ils étaient spectateurs soit ils
donnaient un coup de main aux autres, ils rigolaient
En 3ème, je suis allé voir ma prof d'histoire, elle était au
courant, elle voyait bien qu'il se passait des trucs. Mais il y
avait aussi des profs qui voyaient et qui ne disaient rien, ils
laissaient tout passer, pourtant ils savaient qu'il y avait des
problèmes. Les menaces, les insultes avaient lieu en classe, je me
ramassais des bouquins, des gommes, des trousses par la figure, et
le prof disait « calmez vous », c'est tout. Ça se calmait deux
minutes et ça reprenait
C'étaient des profs assez chahutés, c'était le bazar pendant leur
cours, plus que le bazar, l'anarchie, ils laissaient tout passer.
Avec les profs plus sévères, ils ne bougeaient pas, ils essayaient
un peu de me mettre la pression, mais ils ne s'y frottaient pas
trop.
Il avait beaucoup de profs qui avaient le bazar en cours, en
physique, SVT, en maths moyennement, en français ça allait, les
langues, n'en parlons pas. En histoire la prof principale a dit
stop, on arrête, elle en a parlé à toute la classe, elle a dit que
certains élèves étaient pris à parti par d'autres et qu'il fallait
que cela cesse. Mais ça n'a pas porté ses fruits, elle a essayé.
Chez moi, je n'avais pas envie d'en parler parce que ça allait faire
plus de complications il y aurait eu un tas de questions. Ma mère
disait: c'est quoi ces résultats? Je disais que je travaillais pas
mais c'était surtout parce que j'en avais marre, je faisais plus
rien parce qu'on me rendait la vie impossible. Les insultes tout y
est passé, des très violentes qui se rapportent à la famille, des
choses très violentes.
Je ne suis jamais allé voir la CPE, mes parents n'ont jamais été mis
au courant. J'avais très peur des représailles. Ça a duré de la 5ème
à la 3ème en s'aggravant d'année en année. En sport j'étais
carrément rejeté, pris à parti dans les vestiaires, c'était
intenable
Je n'avais pas tellement de copain dans le collège, les autres me
laissaient plutôt de côté, ils ne voulaient pas s'en mêler, c'était
chacun pour sa peau, il fallait se débrouiller tout seul. J'ai lutté
pour pouvoir continuer ma scolarité normalement, mais c'était très
dur, il y a des trimestres où je faisais plus rien tellement j'en
avais marre.
A un moment j'ai pensé à changer de collège, mais j'ai tout de suite
abandonné cette idée
Les deux jumeaux m'ont suivi de la 6ème à la 3ème ; on était dans la
même classe parce qu'on faisait les mêmes langues, allemand 1ère
langue. En 6ème et 5ème j'étais un bon élève, je travaillais bien,
j'avais de bons résultats.
Je ne vois pas pourquoi tout cela m'est arrivé à moi. Pourquoi moi,
je ne sais pas. Depuis que je suis au lycée, je n'ai plus aucun
problème. Ici en seconde, je me sens bien, ça change carrément, j'ai
plus confiance en moi
J'en veux un peu aux profs, ils auraient pu en parler à la prof
principale, c'est quand même un peu leur travail, d'éduquer, savoir
qu'ils ne font rien pour la sécurité des élèves, c'est alarmant. Ils
n'ont pas fait leur boulot
J'ai été frappé en cours et les profs ne disaient rien, ils avaient
peur, ils laissaient passer. Ils étaient eux aussi un peu insultés
des fois mais pas autant que moi. Il y a avait aussi des profs qui
avaient la paix en classe mais il n'y en avait pas beaucoup. Il y
avait la paix en cours et pour moi c'était une pause. Pendant les
intercours, il y avait le flipper. Le principe c'est de balancer un
élève n'importe où et contre les murs de préférence ou contre les
autres, c'est ça le flipper. Les profs sont dans les salles, ils ne
bougent pas ou ils sortent pour dire de se calmer, mais c'est tout.
A la fin de 3ème, pendant le brevet, je me suis carrément fait
tabasser par 6 élèves de différentes classes. Cette fois, j'en ai
parlé à ma mère, à la CPE et on a été voir la police.
Je ne sais pas pourquoi j'ai attendu que ça aille aussi loin pour
réagir. J'avais très peur des représailles et j'avais plusieurs
visions qui me tourmentaient dans ma tête, la réaction de ma mère,
la réaction des autres élèves, je n'y arrivais pas, je ne pouvais
pas.
Et puis je savais que j'allais quitter le collège, je savais que je
les retrouverai plus l'année prochaine, plus jamais, je sais que
j'aurais dû réagir plus tôt mais c'est comme ça.
Il y a eu une main courante envers plusieurs élèves qui ont été
convoqués au commissariat avec leurs parents, la police nous a
demandé si on voulait rencontrer les parents des élèves, mais ma
mère a dit non, jamais, alors on a reçu une lettre comme quoi ils
s'excusaient
Je crois qu'il faudrait parler de ces problèmes dans toutes les
classes, il doit y en avoir plein qui doivent être dans mon cas et
ça fait vachement plaisir qu'on leur parle.
Aujourd'hui je me sens plus fort, plus sûr de moi, je suis confiant,
quand on est tout le temps harcelé on perd ses moyens, on peut plus
rien faire. Il faudrait pouvoir en parler à quelqu'un de proche, il
faut de la confiance mais au collège c'était impossible