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« Flashman
avait environ dix-sept ans. Il était grand et fort pour son âge. Il
excellait dans tous les sports qui ne nécessitaient pas trop de courage,
et savait à tout le moins se débrouiller pour sauver les apparences ;
grâce à ses manières directes et désinvoltes qui passaient pour de la
cordialité, et à sa grande habileté à se rendre agréable lorsqu’il le
voulait, il était considéré par la plupart, à l’école, comme un assez
brave type. Même dans sa maison[1] , à force de prodiguer
adroitement son argent, d’entretenir une réserve constante de bonnes
choses, et d’être un fin lèche-bottes, il avait réussi à se faire non
seulement tolérer, mais même à se rendre assez populaire parmi ses
condisciples. [...]
« Flashman ne laissait
jamais passer la moindre occasion de dire ou faire du mal, si ceci lui
permettait d’une quelconque manière de blesser ses victimes, ou de les
isoler du reste de la maison. [...] Il était expert en toutes
les formes de torture, mais avant tout il avait l’art de dire des
paroles blessantes et cruelles. Il parvenait souvent, de cette manière,
à faire monter dans les yeux des garçons des larmes que toutes les
raclées du monde ne leur auraient pas arrachées.
Comme sa marge de manœuvre
était maintenant extrêmement réduite, il se consacrait principalement à
Tom et East, qui logeaient à sa porte : il entrait de force dans leur
bureau à la moindre occasion qui s’offrait, et s’asseyait là, parfois
seul, parfois avec un acolyte, interrompant leur travail et exultant à
voir la souffrance que, de temps en temps, il infligeait manifestement à
l’un ou à l’autre. »
1ère partie, chapitre VII.
Il est courant au
Collège de Rugby que les plus anciens tourmentent les plus jeunes. Il
n’est donc pas surprenant de retrouver Harry Flashman prendre la tête
d’une expédition nocturne de bizutage :
-
Dis donc, on t’a déjà fait
sauter dans une couverture ?
- Non, répondit
Tom, pourquoi ?
- Parce qu’il va y avoir
une séance ce soir, c’est sûr, avant que les terminales aillent se
coucher. Alors, si t’as la trouille, va te cacher, sinon ils
t’attraperont et te feront sauter.
- On te l’a déjà fait ? Ca
fait mal ? demanda Tom.
- Oh oui, merci bien, une
douzaine de fois, dit East, qui grimpait l’escalier en boitillant aux
côtés de Tom. Ca fait pas mal, sauf si tu tombes par terre. Mais la
plupart des gars n’aiment pas ça.
Arrivés au dernier
palier, ils firent halte devant la cheminée où tout un groupe de jeunes
garçons étaient rassemblés à chuchoter, visiblement peu désireux de
regagner les chambres. Mais à peine une minute plus tard, la porte d’un
bureau s’ouvrit et un terminale en sortit, et les voici tous qui
déguerpissent dans les escaliers pour se disperser sans bruit en
direction de leurs dortoirs. Le coeur de Tom battait fort lorsque East
et lui atteignirent le leur, mais il avait pris sa décision.
- Je ne me cacherai pas,
East, dit-il.
- Très bien, mon vieux,
répondit East, l’air manifestement content, moi non plus. Ils vont
arriver tout de suite.
La chambrée était
imposante et vaste, avec une douzaine de lits, mais il n’y avait pas un
garçon en vue, excepté East et Tom. East enleva sa veste et son gilet,
puis s’assit au pied du lit, sifflotant tandis qu’il ôtait ses bottes.
Tom suivit son exemple.
Du bruit, des pas dans le
couloir, la porte s’ouvre et quatre ou cinq gaillards de première se
ruent dans la pièce, conduits par Flashman dans toute sa gloire.
Les lits de Tom et East se
trouvaient dans le coin le plus reculé de la pièce, et ils ne les
aperçurent pas immédiatement.
- Ils se sont planqués,
hein, rugit Flashman. Eh bien, sortez-les, les gars, regardez sous les
lits !
Et il souleva le petit
tissu blanc qui garnissait le lit le plus proche.
- Ouahou ! hurla-t-il, en
tirant la jambe d’un jeune garçon, qui s’accrochait ferme au pied du
lit, en criant grâce à pleins poumons.
- Par ici, donnez-moi un
coup de main, quelqu’un, aidez-moi à sortir ce sale petit brailleur.
Taisez-vous, monsieur, ou je vous fais la peau.
- Oh, s’il te plaît,
Flashman, s’il te plaît, Walker, ne me faites pas sauter! Je ferai vos
corvées, je ferai ce que vous voulez, mais ne me faites pas sauter.
- Va t’faire voir », dit
Flashman, en traînant le pauvre garçon derrière lui. Ca te fera pas
mal. Vous, là ! Venez, les gars, le voici.
1ère partie, chapitre VI
Tom Brown refusant de
lui céder un billet de loterie gagnant, Flashman n’hésitera pas à le
soumettre à la torture. Quand un adulte sera alerté, tout le monde se
pliera à la loi du silence :
- Très bien, alors
faisons-le rôtir, s’écria Flashman, en saisissant Tom par le col.
Un ou deux garçons
hésitent, mais les autres suivent. East attrape le bras de Tom et essaie
de l’entraîner, mais un des garçons le fait reculer d’un coup de poing,
et ils emmènent Tom qui se débat. On lui pousse les épaules contre le
manteau de la cheminée et on le maintient de force devant le feu, tandis
que Flashman lui serre le pantalon au maximum histoire d’en rajouter à
la torture. Le pauvre East, encore plus mal en point que Tom, pense
soudain à Diggs et s’élance à sa recherche. «
- Alors maintenant, tu
vends pour dix shillings ? » dit un des garçons. (...)
Pendant ce temps East
était parti chercher de l’aide. Il revient avec Diggs, suivi de la
gouvernante.
La gouvernante entre avec
des sels, et Tom revient à lui suffisamment pour s’asseoir. Il flotte
une odeur de brûlé. Elle examine ses vêtements, et lève des yeux
interrogateurs. Les garçons se taisent.
- Comment lui est-ce
arrivé ?
Pas de réponse.
- Il s’est passé de
vilaines choses ici, » ajoute-t-elle, l’air très sérieux, « et je vais
en parler au Docteur Arnold.
Toujours pas de réponse.
- Ne devrions-nous pas le
transporter à l’infirmerie ? suggère Diggs.
- Oh, je peux marcher
maintenant, dit Tom
Et assisté de East et de
la gouvernante, il se rend à l’infirmerie.
1ère partie, chapitre VIII
Thomas Hughes est un
moraliste. Il ne laissera pas les méfaits de Flashman impunis. Le
directeur du Collège, le Docteur Thomas Arnold, veille. C’est une scène
d’ivrognerie qui provoquera le renvoi de Flashman du Collège de Rugby :
« Par une belle soirée
d’été, Flashman s’était largement abreuvé de gin-punch à Brownsover ; et
ayant dépassé ses limites habituelles, il était reparti dans un grand
état d’agitation. Il tomba sur un ami ou deux de retour de la baignade,
leur proposa un verre de bière, offre qu’ils acceptèrent car il faisait
chaud et qu’ils avaient soif, sans se rendre compte de la quantité de
boisson que Flashman avait déjà à bord. Le résultat fut, très vite, que
Flashman se retrouva soûl comme un cochon. Ils tentèrent de l’emmener
mais n’y arrivèrent pas ; alors ils réquisitionnèrent une claie et deux
hommes pour le transporter. Un des maîtres croisa leur chemin et bien
naturellement, ils décampèrent. La fuite des autres éveilla les soupçons
du maître, et le bon ange des fags[2] l’incita à examiner le
chargement, et, après examen, à le convoyer lui-même jusqu’à l’école ;
là, le Docteur Arnold, qui depuis longtemps avait l’œil sur Flashman,
prit les dispositions nécessaires à son renvoi dès le lendemain matin ».
1ère partie, chapitre IX
Notes:
[1] Le collège de Rugby est divisé en "maisons" dont la responsabilité
de chacune est confiée à un élève plus ancien que les autres auquel les
plus jeunes doivent obéissance et qui, en forgeant l'esprit d'équipe et
le sens de la discipline chez ses cadets, doit garantir la bonne tenue
de sa "maison"
[2] Les élèves les plus
anciens du collège possèdent le privilège du "fagging", c'est à dire la
possibilité de se débarrasser de certaines corvées en les faisant
effectuer par les plus jeunes mais en contrepartie, les préfets doivent
assistance et protection à leurs cadets. Le terme "fag"
désigne un jeune élève attaché au service d’un plus grand.
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