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Thomas Hughes

Tom Brown's Schooldays

1856

 

 

 

Tom Brown’s Schooldays est un roman en  grande partie autobiographique dans lequel l’auteur rend hommage aux méthodes éducatives du directeur du Collège de Rugby, le révérend Thomas Arnold. De longs passages sont consacrés à la description de matchs de ce nouveau sport que l’on nomme encore le Football-Rugby.

Dans cinq chapitres du roman (V à IX) Thomas Hughes fera apparaître le personnage d’Harry Flashman dans lequel on peut voir la première représentation littéraire du harceleur.

Insensible à la souffrance d’autrui, prenant même plaisir à martyriser ses condisciples mais en même temps personnage populaire, drôle et presque sympathique, tel est le portrait que Thomas Hughes brosse de l’élève Harry Flashman.

Traduit de l’anglais par Danielle Guillard

 

« Flashman avait environ dix-sept ans. Il était grand et fort pour son âge. Il excellait dans tous les sports qui ne nécessitaient pas trop de courage, et savait à tout le moins se débrouiller pour sauver les apparences ; grâce à ses manières directes et désinvoltes qui passaient pour de la cordialité, et à sa grande habileté à se rendre agréable lorsqu’il le voulait, il était considéré par la plupart, à l’école, comme un assez brave type. Même dans sa  maison[1] , à force de prodiguer adroitement son argent, d’entretenir une réserve constante de bonnes choses, et d’être un fin lèche-bottes, il avait réussi à se faire non seulement tolérer, mais même à se rendre assez populaire parmi ses condisciples. [...]

« Flashman ne laissait jamais passer la moindre occasion de dire ou faire du mal, si ceci lui permettait d’une quelconque manière de blesser ses victimes, ou de les isoler du reste de la  maison. [...] Il  était expert en toutes les formes de torture, mais avant tout il avait l’art de dire des paroles blessantes et cruelles. Il parvenait souvent, de cette manière, à faire monter dans les yeux des garçons des larmes que toutes les raclées du monde ne leur auraient pas arrachées.

Comme sa marge de manœuvre était maintenant extrêmement réduite, il se consacrait principalement à Tom et East, qui logeaient à sa porte : il entrait de force dans leur bureau à la moindre occasion qui s’offrait, et s’asseyait là, parfois seul, parfois avec un acolyte, interrompant leur travail et exultant à voir la souffrance que, de temps en temps, il infligeait manifestement à l’un ou à l’autre. »

1ère partie, chapitre VII. 

Il est courant au Collège de Rugby que les plus anciens tourmentent les plus jeunes. Il n’est donc pas surprenant de retrouver Harry Flashman prendre  la tête d’une expédition nocturne de bizutage :

- Dis donc, on t’a déjà fait sauter dans une couverture ? 

- Non,  répondit Tom, pourquoi ?

- Parce qu’il va y avoir une séance ce soir, c’est sûr, avant que les terminales aillent se coucher. Alors, si t’as la trouille, va te cacher, sinon ils t’attraperont et te feront sauter. 

- On te l’a déjà fait ? Ca fait mal ?  demanda Tom.

- Oh oui, merci bien, une douzaine de fois, dit East, qui grimpait l’escalier en boitillant aux côtés de Tom.  Ca fait pas mal, sauf si tu tombes par terre. Mais la plupart des gars n’aiment pas ça. 

 Arrivés au dernier palier, ils firent halte devant la cheminée où tout un groupe de jeunes garçons étaient rassemblés à chuchoter, visiblement peu désireux de regagner les chambres. Mais à peine une minute plus tard, la porte d’un bureau s’ouvrit et un terminale en sortit, et les voici tous qui déguerpissent dans les escaliers pour se disperser sans bruit en direction de leurs dortoirs. Le coeur de Tom battait fort lorsque East et lui atteignirent le leur, mais il avait pris sa décision.

- Je ne me cacherai pas, East, dit-il.

- Très bien, mon vieux, répondit East, l’air manifestement content,  moi non plus. Ils vont arriver tout de suite. 

La chambrée était imposante et vaste, avec une douzaine de lits, mais il n’y avait pas un garçon en vue, excepté East et Tom. East enleva sa veste et son gilet, puis s’assit au pied du lit, sifflotant tandis qu’il ôtait ses bottes. Tom suivit son exemple.

Du bruit, des pas dans le couloir, la porte s’ouvre et quatre ou cinq gaillards de première se ruent dans la pièce, conduits par Flashman dans toute sa gloire.

Les lits de Tom et East se trouvaient dans le coin le plus reculé de la pièce, et ils ne les aperçurent pas immédiatement.

- Ils se sont planqués, hein, rugit Flashman.  Eh bien, sortez-les, les gars, regardez sous les lits !

Et il souleva le petit tissu blanc qui garnissait le lit le plus proche.  

- Ouahou !  hurla-t-il, en tirant la jambe d’un jeune garçon, qui s’accrochait ferme au pied du lit, en criant grâce à pleins poumons.

- Par ici, donnez-moi un coup de main, quelqu’un, aidez-moi à sortir ce sale petit brailleur. Taisez-vous, monsieur, ou je vous fais la peau. 

- Oh, s’il te plaît, Flashman, s’il te plaît, Walker, ne me faites pas sauter! Je ferai vos corvées, je ferai ce que vous voulez, mais ne me faites pas sauter.

 - Va t’faire voir », dit Flashman, en traînant le pauvre garçon derrière lui.  Ca te fera pas mal. Vous, là ! Venez, les gars, le voici.

1ère partie, chapitre VI

 

Tom Brown  refusant  de lui céder un billet de loterie gagnant, Flashman n’hésitera pas à le soumettre à la torture. Quand un adulte sera alerté, tout le monde se pliera à  la loi du silence :

 

- Très bien, alors faisons-le rôtir, s’écria Flashman, en saisissant Tom par le col.

Un ou deux garçons hésitent, mais les autres suivent. East attrape le bras de Tom et essaie de l’entraîner, mais un des garçons le fait reculer d’un coup de poing, et ils emmènent Tom qui se débat. On lui pousse les épaules contre le manteau de la cheminée et on le maintient de force devant le feu, tandis que Flashman lui serre le pantalon au maximum histoire d’en rajouter à la torture. Le pauvre East, encore plus mal en point que Tom, pense soudain à Diggs et s’élance à sa recherche. « 

- Alors maintenant, tu vends pour dix shillings ? » dit un des garçons. (...)

Pendant ce temps East était parti chercher  de l’aide.  Il revient avec Diggs, suivi de la gouvernante.

La gouvernante entre avec des sels, et Tom revient à lui suffisamment pour s’asseoir. Il flotte une odeur de brûlé. Elle examine ses vêtements, et lève des yeux interrogateurs. Les garçons se taisent.

- Comment lui est-ce arrivé ?

Pas de réponse.

- Il s’est passé de vilaines choses ici, » ajoute-t-elle, l’air très sérieux, « et je vais en parler au Docteur Arnold. 

Toujours pas de réponse.

- Ne devrions-nous pas le transporter à l’infirmerie ?  suggère Diggs.

- Oh, je peux marcher maintenant,  dit Tom 

Et assisté de East et de la gouvernante, il se rend à l’infirmerie.

1ère partie, chapitre VIII

 

Thomas Hughes est un moraliste. Il ne laissera pas les méfaits  de Flashman impunis. Le directeur du Collège, le Docteur Thomas Arnold, veille. C’est une scène d’ivrognerie qui provoquera le  renvoi de Flashman du Collège de Rugby :

 

« Par une belle soirée d’été, Flashman s’était largement abreuvé de gin-punch à Brownsover ; et ayant dépassé ses limites habituelles, il était reparti dans un grand état d’agitation. Il tomba sur un ami ou deux de retour de la baignade, leur proposa un verre de bière, offre qu’ils acceptèrent car il faisait chaud et qu’ils avaient soif, sans se rendre compte de la quantité de boisson que Flashman avait déjà à bord. Le résultat fut, très vite, que Flashman se retrouva soûl comme un cochon. Ils tentèrent de l’emmener mais n’y arrivèrent pas ; alors ils réquisitionnèrent une claie et deux hommes pour le transporter. Un des maîtres croisa leur chemin et bien naturellement, ils décampèrent. La fuite des autres éveilla les soupçons du maître, et le bon ange des fags[2] l’incita à examiner le chargement, et, après examen, à le convoyer lui-même jusqu’à l’école ; là, le Docteur Arnold, qui depuis longtemps avait l’œil sur Flashman, prit les dispositions nécessaires à son renvoi dès le lendemain matin ».

1ère partie, chapitre IX

Notes:


[1] Le collège de Rugby  est divisé en "maisons" dont la responsabilité de chacune est confiée à un élève plus ancien que les autres auquel les plus jeunes doivent obéissance et qui, en forgeant l'esprit d'équipe et le sens de la discipline chez ses cadets, doit garantir la bonne tenue de sa "maison"

[2] Les élèves les plus anciens du collège possèdent le privilège du "fagging", c'est à dire la possibilité de se débarrasser de certaines corvées en les faisant effectuer par les plus jeunes mais en contrepartie, les préfets doivent assistance et protection à leurs cadets.  Le terme  "fag" désigne un jeune élève attaché au service d’un plus grand.

 

 

A l’exception d’une adaptation très libre de Jules Girardin en 1899 – Scènes de la vie de collège en Angleterre, Hachette, Bibliothèque des écoles et des familles – le  roman de Thomas Hughes n’a pas fait l’objet de traduction en français.

Il est disponible en Grande Bretagne dans différentes collections de poche et notamment : Oxford University Press,1999.

On peut retrouver sur internet le texte intégral de Tom Brown’s Schooldays en anglais.