Dans
son roman, Robert Musil représente l'adolescence comme une période
d'entière indétermination. Le jeune Törless est à la recherche de la
norme du bien et du mal. Il veut « découvrir enfin en lui-même une
détermination, des besoins précis, qui opérassent une distinction
tranchée entre le bon et le mauvais, l’utilisable et l’inutilisable; de
se voir faire un choix, même erroné : cela eût mieux valu finalement que
cette réceptivité excessive qui absorbait indifféremment n’importe
quoi.»
A l'école qu'il fréquente, il a
deux compagnons, Reiting et Beineberg, auxquels il s'est attaché parce
que « leur violence lui imposait ». « Chose singulière, il s’agissait
justement des pires éléments de sa volée, garçons certes doués et, bien
entendu, d’excellentes familles, mais certains jours turbulents et
indociles jusqu’à la brutalité. Que Törless fût attiré précisément par
leur compagnie tenait sans doute à son incertitude intérieure ».
Ces deux garçons se montrent en
effet particulièrement brutaux à l'égard d'un autre de leurs camarades,
Basini, dont ils ont découvert qu'il avait été l'auteur d'un vol et
qu'ils tiennent, sous ce prétexte, à leur merci lui infligeant
différentes tortures morales et physiques. Törless est le témoin de ces
persécutions auxquels il assiste tantôt avec dégoût – mais qu'est
exactement qui le dégoûte, la violence des bourreaux ou la lâcheté de la
victime? – tantôt avec une certaine fascination : « cette oscillation
entre le désir et la honte ».
On retrouve décrites dans le
roman toutes les composantes du processus de harcèlement entre
adolescents. Pour qu'il y ait harcèlement, il faut, en effet, qu'il y
aient des bourreaux pervers qui se servent d'une faiblesse repérée chez
un de leurs pairs pour le persécuter – Reiting et Beineberg jouent ici
ce rôle – il faut aussi une victime qui n'est pas tout à fait victime
pour rien, une certaine part de lâcheté ou du moins de faiblesse la
rendant complice de ses bourreaux – Biasini accepte tous les tourments
qu'on lui inflige espérant qu'au bout d'un certain temps, on lui
pardonnera tout – il faut enfin un public indécis et complice qui, comme
Törless, partagé entre répugnance et fascination laisse faire la
persécution et parfois même s’y associe. Robert Musil a bien vu le
triangle, bourreau / victime / public, que l’on retrouve dans tous les
cas de harcèlement.

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Photos extraites
du film de Volker Schlöndorff (1966)
Le roman de Robert Musil a été adapté au
cinéma sous le titre
Der Junge Törless par Volker Schlondorff en 1966 avec Mathieu
Carrière dans le rôle titre.
Il s’agit du premier
long métrage du réalisateur allemand qui a bénéficié pour ce film de la
supervision technique du réalisateur français Louis Malle.
Der Junge Törless
a reçu le prix de la critique internationale au Festival de Cannes de
1966.
Le film est disponible en
DVD en version
originale et en version anglaise (Criterion Collection, 2005)
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