Valérie et Arnaud sont victimes au lycée d'un même groupe
d'élèves harceleurs:
Valérie : Tout a commencé en seconde avec une erreur de
prononciation en cours d'espagnol. J'ai prononcé un mot sans accent,
ce qui donnait en français une consonance risible. Cela a fait rire
toute la classe et à partir de ce jour, ce mot est devenu mon
surnom. Cela m'a amusée pendant cinq jours, après plus du tout. J'ai
retrouvé mon surnom inscrit sur les tables ou sur la buée des
vitres, j'ai découvert des mots dans ma trousse et dans mon
cartable. Je ne pouvais plus répondre à la question d'un enseignant,
ni intervenir spontanément en cours, sans entendre scander mon
surnom. Il y avait aussi pas mal d'injures qui accompagnaient mon
surnom
J'en ai finalement parlé à mes parents qui sont allés voir le
professeur principal. Il a pris le temps de discuter longuement du
problème avec moi et il a fait une intervention devant la classe,
disant que s'il entendait une autre fois mon surnom, il s'en
occuperait personnellement. Mais son intervention n'a eu aucun
effet. Les élèves se sont tus en cours, mais tout s'est alors passé
dans les couloirs et les insultes ont été, à partir de ce moment,
encore plus violentes.
En première, le harcèlement s'est poursuivi toute l'année. J'avais
de mauvais résultats. Je n'avais plus du tout la tête à travailler.
Je me sentais complètement persécutée. Quand on m'a proposé le
redoublement, cela m'a soulagée parce que je savais que j'allais
être libérée de ce groupe d'élèves. Aujourd'hui, pour moi tout a
changé, je vois mes études d'une autre façon. Je peux travailler
normalement.
Arnaud : En ce qui me concerne, les choses sont allées beaucoup plus
loin. Comme pour Valérie, cela a commencé par un surnom,
systématiquement accompagné d'injures, des choses assez terribles
qui rabaissent vraiment, qui laissent penser qu'on n'est rien du
tout. Pendant plusieurs semaines ma famille a reçu à des heures
tardives une série de coups de fils anonymes avec des voix déformées
dans lesquels mon surnom était mentionné accompagné d'une bordée
d'injures plus violentes encore que celles dont j'étais victime au
lycée.
Je suis tombé malade: une sorte de dépression, plus envie de rien
faire, plus moyen de travailler. J'ai perdu sept kilos dans l'année.
A l'issue de la seconde, le conseil de classe a refusé mon passage
en première S. J'avais fait une mauvaise année, mes résultats
étaient faibles. J'aurais pu faire appel, c'est ce que voulait ma
mère. Moi je n'ai pas voulu, j'ai préféré recommencer une année pour
ne pas me retrouver avec les autres. J'ai eu raison. Aujourd'hui, je
suis bien dans ma classe. Evidemment, quand je les croise dans les
couloirs, ça recommence mais, ça n'a plus la même importance.
Aujourd'hui, je peux travailler
Valérie : Les élèves harceleurs formaient un groupe de cinq, trois
garçons et deux filles, auxquels de temps en temps se joignaient
quelques autres. Le travail était bien réparti dans leur groupe. Les
filles ramassaient les informations qui pouvaient être blessantes ou
prêter à rire, puis elles les transmettaient au groupe et les
garçons se chargeaient de tout tourner en ridicule. A ce jeu,
c’était Nadège qui était la championne. Par devant elle semblait
très gentille, très soucieuse des autres. On se sentait vite en
confiance avec elle. Mais si jamais on avait le malheur de lui
raconter quoi que ce soit d’un peu intime, on pouvait être sûr de se
retrouver quelques jours après ridiculisé par le groupe des garçons
auxquels elle avait tout raconté.
Arnaud : Ce sont des élèves qui se débrouillent assez bien en cours,
ils ne sont pas excellents mais ils s’en sortent à peu près sans
trop travailler. Ils sont un peu bruyants et même parfois
chahuteurs, mais ils savent jusqu'où ils peuvent aller. C’est pour
cela que certains profs passent assez facilement l'éponge sur les
petites remarques qu'ils font en cours même si elles sont à la
limite de l'insolence. Ils savent toujours très bien à qui ils
s'adressent. En face du prof qui tient sa classe, ils font les
"lèche-bottes". Mais sitôt qu’ils sentent une petite fragilité,
alors là, ils deviennent carrément odieux.
Le
témoignage de Valérie et Arnaud est plus longuement analysé dans
l'article Du harcèlement à la violence.